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Forum
Debord(el) of ...

Les dialogues du forum ont été repris tels quels
sans aucune correction grammaticale. Seules ont été effectuées des corrections typographiques et de mise en page
afin d’en faciliter la lecture. (Karl von Nichts, 16 mai 2008)
C. Knife :
Foucault,
Veyne–Fragments
« on:
07. October 2006 at 16:20 »
Monsieur Cretino, questionneur impénitent,
nous parle de ses lectures :
« je suis tombé sur sa leçon du 10/1/79
(M. Foucault, au Collège de France, pas Kalhydre) qui traite à la fois de l’inexistence
de la folie, de l’économie (et de la raison d’État) et de René-Louis de
Voyer, Marquis d’Argenson (1694-1757) »
En 1977, M. Osorio pose la question suivante
à Foucault :
Osorio : — Vous avez dit que la folie n’était une folie jusqu’au moment où apparaît une société qui la crée…
Foucault : — Je ne veux pas dire que la
folie n’existait pas. Je crois que la catégorie de maladie mentale recouvrant
un nombre considérable d’individus et de conduites différentes est quelque
chose de relativement nouveau…
(Foucault, p. 379, Dits et écrits II,
1976-1988, Gallimard.)
Le même Foucault, lors d’une conférence
intitulée Les mailles du pouvoir, nous parle du pouvoir dans la
monarchie : « dans cette mesure, il opérait toujours une soustraction
économique et, par conséquent, loin de favoriser et de stimuler le flux
économique, il était perpétuellement son obstacle et son frein. D’où cette
seconde préoccupation, cette seconde nécessité : trouver un mécanisme de
pouvoir tel que, en même temps qu’il contrôle les choses et les personnes
jusqu’au moindre détail, il ne soit pas onéreux ni essentiellement prédateur
pour la société, qu’il s’exerce dans le sens du processus économique
lui-même. »
(Foucault, p. 1009, Dits et écrits II,
1976-1988,Gallimard.)
Avouons quand même que c’est un peu léger
comme preuves de l’inexistence de la folie ou de l’économie. Ne connaissant pas
le texte de la leçon du 10/1/79, je ne peux pas vraiment me faire une idée
complète, mais je ne pense pas que cela va considérablement faire avancer
l’affaire. Ce qui me surprend, c’est que l’on puisse parler de « forces
d’arraisonnement évoquées par Nemo », je suis stupéfait, et le mot est
faible.
Mais bon, passons. Nous allons en rester à
Foucault. Paul Veyne a dit récemment que « Michel Foucault n’avait pas son
pareil pour inventer des concepts, il est à ce titre le plus important des
historiens de l’Antiquité ». Ce même Veyne est l’auteur de Foucault
révolutionne l’histoire. On trouve un passage intéressant chez cet
historien très influencé par Foucault, ces quelques lignes vont directement au
cœur du sujet.
« Pline, donc, n’a pas méconnu le second
plateau de la balance des échanges par inadvertance ou par ignorance ; ce
n’est pas davantage par le progrès des lumières et de la science économique
qu’en 1623 Misselden a publié The circle of commerce on the balance of Trade
, où se trouve la première estimation jamais faite d’une balance nationale,
grâce aux chiffres des recettes douanières du port de Londres. Il n’existe
pas plus de Raison économique à travers l’histoire que d’objets économiques
naturels. Loin d’être une étape dans la découverte progressive de l’objet
de la science économique, l’idée de balance prouve seulement qu’au XVIIIeme
siècle, quelques penseurs objectivaient le groupe national comme groupe
commerçant, ce que Pline se refusait précisément à faire ; quel rapport y
a-t-il entre ces différentes pensées et la pratique effective de leurs époques
respectives ? C’est là de fait, à régler cas par cas, et il ne faut pas en
faire une métaphysique ; il n’est pas vraie que la “pensée”
reflète “la” pratique, ou l’inverse. »
(P. Veyne, La société romaine, Ch. 4,
Mythe et réalité de l’autarcie à Rome , 1979.)
« Protection économique ou répression
éthique ? Il est vain de les distinguer dans l’antiquité, Pline parle
davantage en moraliste qu’en économiste : l’économie n’était pas de son
temps une technique autonome comme on le verra »
(Idem, p.203)
Veyne laisse pourtant une petite place à
l’économique dans L’empire greco-romain :
« Ajoutons-y une puissance militaire
sans égale et une chance : entre les diverses régions de l’empire,
l’inégalité économique pouvait être comme d’un à deux, et non comme d’un à
trente dans le monde actuel, rempli de frustration et de jalousie » (p.
48).
« Le civisme militant évoque moins un
conflit social, une lutte des classes, qu’un enjeu de pouvoir (le clivage entre
groupes étant largement économico-social, mais il se pensait lui même comme
politique). » (p. 85).
Paul Veyne ne se défait pas si facilement de
l’économie ou de l’économique, comme on voudra. Il note en 1979 que
l’« autarcie économique et autarcie éthique sont la même chose » dans
la Rome antique. la notion d’économie est mélangée à d’autres concepts, cela
semble très emmêlé. Car d’un côté Veyne use des critères de l’économie
politique classique pour qualifier une situation, l’égalité économique des
différentes régions de l’empire et d’autre part le même fait preuve de
relativisme. La complexité, vous dis-je, la complexité… Je ne discuterai
pas plus profondément de la pensée de Veyne, j’aime les histoires sur
l’antiquité et je suis bon public. Mais là, en l’occurrence, on y trouve un peu
les défauts que lui trouve Bouveresse dans Le philosophe chez les autophages.
Je souligne quand même pour monsieur Cretino,
que Veyne pense qu’il n’existe pas d’objets économiques naturels, il n’a
sûrement pas plagié cette formule chez Debord. Monsieur Cretino pourrait quand
même nous citer la foule de penseurs qui ont mené des travaux sur l’inexistence
de l’économie bien avant lui. Le raisonnement de monsieur Cretino est simple,
puisqu’il y a selon lui une multitude de gens qui « s’appuyaient sur la
même proposition » que Voyer, pourquoi celui-ci serait-il plus grand que
les autres, c’est injuste. La question intéressante, serait selon moi :
Voyer a-t-il raison ? Si oui, alors, d’emblée Debord a tort devant les
« tant d’autres penseurs » de monsieur Cretino qui
soutiendraient la même proposition que Voyer. Je taquine monsieur Cretino avec
Debord, aucun intérêt me diriez-vous, mais la simple pensée d’imaginer Cretino
et Nemo trépignant du pied me remplit de joie. J’ai des joies simples.
Nemo :
Un (petit) coup de (second) couteau
« Reply #1 on: 08. October 2006 at
06:18 »
D’abord. Il est plaisant de voir le plaisir
gourmand avec lequel le second couteau sans lame qui raisonne comme un manche a
réagit au stimulus — la carotte foucaldienne que l’on a agité sous son nez dans
le désert intellectuel où il erre avec tOtO, tOntOn et l’âne kabOuli.
Ensuite, et avant de laisser le second
couteau à ses « joies simples », je ferais simplement remarqué
qu’il est assez naturel que Veyne « pense qu’il n’existe pas d’objets
économiques naturels » parce que Veyne sait comme Dumont que
l’économie est une idéologie qui applique ses catégories à un monde qui
effectivement n’a rien de naturel puisque aussi bien c’est « une seconde
nature ».
Quand à la question de savoir si Voyer a
raison ou tort, elle a été tranchée : le Monsieur a tort ; même
s’il préfère, et on le comprend, faire comme si, et essayer de faire croire que
la raison est de son côté — mais c’est raté.
C. Knife :
Veyne et la Raison économique
« Reply
#2 on: 08. October 2006 at 11:22 »
J’écrivais : « trépignant du
pied », il est assez dur de trépigner de la tête, mais quand je lis Nemo,
je me demande avec quoi il pense.
Pour lui Veyne sait : « que
l’économie est une idéologie qui applique ses catégories à un monde qui
effectivement n’a rien de naturel puisque aussi bien c’est “une seconde
nature” ».
Je me demande d’où il a pêcher cette
« seconde nature », pas chez Veyne en tout cas. Debord lui, parlait
« d’une économie naturelle » (thèse 40 de la SdS) comme allant de
soi, je suppose qu’il voulait parler des sociétés sans monnaie. Il n’aurait pas
parler de « seconde nature » comme Nemo en parlant de son
« monde de l’économie », mais d’une « pseudo nature ». Une
« seconde nature » reste naturelle même si elle est seconde, c’est
dans la définition de la « seconde nature ».
Maintenant ce qui m’a étonné chez Veyne, c’est
que d’un côté il déclare qu’« il n’existe pas plus de Raison économique à
travers l’histoire… » et d’un autre « [...] une chance :
entre les diverses régions de l’empire, l’inégalité économique pouvait
être comme d’un à deux ». Si Veyne savait « que l’économie est une
idéologie » comme nous l’affirme Nemo, alors on pourrait affirmer que
l’inégalité idéologique entre les Sarmates et les Triboques pouvaient
être d’un à deux, ce qui est un peu tiré par les cheveux. Pour Veyne, la
réussite de l’Empire romain tient pour une part à la chance d’avoir une
« inégalité économique » réduite à travers son territoire, ce n’est
peut être pas la « Raison économique » avec un grand « r »
que Veyne met à contribution ici, mais ça y ressemble fortement.
Nemo :
Y a pas de Raison…
« Reply
#3 on: 08. October 2006 at 13:02 »
La nature transformée par l’homme est une
« seconde nature » — la nature d’un chose lorsque cette chose est
transformée ne devient pas une pseudo-nature. L’économie qui est l’idéologie de
la bourgeoisie industrielle et marchande triomphante, ne peut en toute rigueur
appliquer ses catégories qu’au monde qui a été transformé à son profit par la
dite bourgeoisie — à cette « seconde nature », donc. Elle ne peut en
aucun cas universaliser ces catégories — si ce n’est de façon abusive et intéressée.
Mais en tout état de cause, l’application de ces catégories au monde marchand,
pour légitime qu’il puisse être, n’a pas le pouvoir de
« naturaliser » ce monde qui reste quoi qu’il arrive une
« seconde nature » ; et la seule réalité économique que l’on
puisse donc reconnaître dans ce monde est l’existence de ces catégories ad
hoc.
Que Veyne parle à un moment de l’inexistence
d’une « Raison économique à travers l’histoire » ; et
qu’à un autre il trouve « une inégalité économique » entre
« diverses régions de l’empire » montre simplement qu’il
emploie économique dans deux contextes différents avec des sens différents. La
présence de l’épithète économique dans le premier exemple est appelée par
le pastiche hégélien de la Raison dans l’histoire, à l’existence de
laquelle Veyne ne doit pas croire non plus. Dans le second cas, il s’agit
simplement du sens courant de richesses.
Toto :
Re: Foucault, Veyne–Fragments
« Reply #4 on: 08. October 2006 at 17:31 »
Debord lui, parlait « d’une économie
naturelle » (thèse 40 de la SdS) (C. Knife)
la nature d’un chose lorsque cette chose est transformée ne devient pas une pseudo-nature (Nemo)
Carrramba ! Je comprends que Mme
Khalydre y perde son Latin. Mais sur le torche-cul
Confrontation.free.fr où sévit notre Cretino questionneur on peut
lire de belles notes de Debord sur la question des immigrés. « Tout est
faux dans la “question des immigrés” exactement comme dans toute
question ouvertement posée dans la société actuelle ; et pour les
mêmes motifs : l’économie — c’est-à-dire l’illusion pseudo-économique —
l’a apportée, et le spectacle l’a traitée. » Carrramba !… encore ouné
fois trop à droite. L’économie naturelle, lorsqu’elle est transformée devient
une illusion pseudo-économique. J’en pisse de rire.
C. Knife :
Les fraises blanches
« Reply
#5 on: 08. October 2006 at 20:22 »
Je viens de bêcher quelques mètres carrés à
côté d’un massif de fraises blanches, qui paraît-il, sont plus goûteuses que
les fraises bien rouges du supermarché. Je n’ai pas pu vérifier dans la mesure
où la saison était finie. Toute la difficulté de la fraise blanche est de
déterminer le moment de les cueillir ; à l’œil… c’est pas évident, on est
obligé de les goûter.
« L’économie transforme le monde, mais
le transforme seulement en monde de l’économie. La pseudo nature dans laquelle
le travail humain s’est aliéné exige de poursuivre à l’infini son service, et
ce service, n’étant jugé et absous que par lui-même, en fait obtient la totalité
des efforts et des projets socialement licites, comme ses serviteurs. »
(extrait de la thèse 40 de la SdS)
Je crois comprendre que quand Debord parle de
pseudo nature, il en parle en identifiant cette « pseudo nature » au
« monde de l’économie ». Je crois que c’est le sens à donner à la
citation, sinon qu’est ce que cette « pseudo nature » chez Debord.
Mais passons, les idées de Nemo ne sont pas celles de Debord.
Maintenant, je crois comprendre que Nemo
pense que le monde transformé par l’homme est une « seconde nature »,
et c’est seulement à cette partie transformée du monde que pourrait s’appliquer
les fameuses catégories de l’économie politique : « L’économie qui
est l’idéologie de la bourgeoisie industrielle et marchande triomphante, ne
peut en toute rigueur appliquer ses catégories qu’au monde qui a été transformé
à son profit par la dite bourgeoisie — à cette “seconde nature”,
donc. »
Il existe donc d’après Nemo une partie du
monde, celle transformée par ces féroces bourgeois qui viennent jusque dans nos
bras… où l’idéologie bourgeoise (ou l’économie politique) peut appliquer ces
catégories sur une « seconde nature » qui n’est pas naturelle. Reste
à savoir si Nemo pense que la bourgeoisie transforme la nature réellement pour
en faire une « seconde nature » irréelle afin d’y plaquer en toute
rigueur ces catégories irréelles, mais qui prennent de la réalité sachant que
le méchant bourgeois a tout transformé réellement selon ses plans.
Veyne encore…
Pour moi il est clair que lorsqu’on met en
avant des faits concernant la distribution des richesses comme élément de
réussite dans une nation ou dans un empire en utilisant le terme
d’« économique », on induit une relation de cause à effet, on rentre
parfaitement dans la sphère de l’économie politique. Pline ne parle pas en tant
qu’économiste, mais Veyne le peut, ou plutôt se sert du discours de l’économie
politique. Il dit en substance, cette empire dure, car il a la chance d’avoir
telle situation économique. Heureusement qu’on a Nemo et qui nous dit qu’« il
s’agit simplement du sens courant de richesses », merci Nemo, il a du
manquer un épisode, comme d’habitude. Bref, Veyne juge la richesse des latins
et autres ostrogoths en utilisant les mêmes critères que ceux qui sont censés
mesurer notre richesse supposée, et comme dit, la raison économique n’est pas
loin.
Pour mémoire : « Ajoutons-y une
puissance militaire sans égale et une chance : entre les diverses
régions de l’empire, l’inégalité économique pouvait être comme d’un à deux, et
non comme d’un à trente dans le monde actuel, rempli de frustration et de
jalousie ». Paul Veyne, p. 48, L’Empire greco-romain.
Nemo :
De secunda natura rerum
« Reply
#6 on: 09. October 2006 at 06:06 »
« Debord lui parlait d’une
“économie naturelle”. », piaille tOtO le double
zéro ; le second couteau qui n’est jamais loin du manche, quant à lui
« croit comprendre » ce qu’il ne peut pas comprendre puisque je ne
l’ai pas dit, a noté que Debord parle de « pseudo nature » à
propos du « monde de l’économie » là où je parle de « seconde
nature » ; et ça emmerdent nos voyéristes parce qu’ils voudraient que
je soit un debordien irréprochable.
Mais examinons ce que le second couteau
« croit comprendre ». Il « croit comprendre » que je pense
que « le monde transformé par l’homme est une “seconde
nature”, et [que] c’est seulement à cette partie transformée du monde que
pourrait s’appliquer les fameuses catégories de l’économie politique. »
Et bien, il a tort de croire ce que je n’ai pas dit : à savoir que seule une
partie du monde est transformé par la l’industrieuse bourgeoisie et que
c’est à cette seule partie que s’applique les catégories de
l’économie ; puisqu’il est patent que la bourgeoisie industrielle et
marchande à révolutionné la totalité du monde et, que de ce fait,
il n’existe plus rien de « naturel ». Cette « seconde
nature » n’a évidemment rien d’« irréel », malheureusement,
comme chacun peut le constater ; par contre les catégories qui s’y
appliquent n’ont d’autre réalité que celle d’une idéologie destinée à justifier
cette seconde nature réalisée, comme étant la nature éternelle
des choses.
En ce qui concerne, Veyne, je laisse ce
puissant exégète à son explication avec un texte qu’il essaie comme il peut de
faire servir à la juste cause de « l’inexistence de l’économie » — mais
si Veyne a vraiment voulu dire en se servant « du discours de
l’économie politique » : « en substance, cette empire
dure, car il a la chance d’avoir telle situation économique. », c’est
vraiment un homme perdu que je me garderai bien d’aller rechercher.
C. Knife :
Re: Foucault, Veyne–Fragments
« Reply
#7 on: 09. October 2006 at 12:39 »
L’argent s’échange contre la totalité du
monde objectif du monde et de la nature, Marx dixit. Le monde s’est donc
transformé, il est devenu autre, il a revêtu, une nature d’emprunt, étrangère à
sa nature originelle, laquelle se trouve falsifiée et perdue. Dans un tel monde
transformé, les relations de la vie, entendons des individus vivants deviennent
des déterminations, des lois, des relations économiques. Voilà une définition
qui se rapproche de la critique de Marx. Je prend l’expression « seconde
nature » chez Nemo comme signifiant « pseudo nature » : une
« seconde nature » qui n’est pas naturelle. Nemo est bien un
debordien irréprochable, mais il pense qu’il a un gramme d’originalité par la
nébulosité de ses pensées.
« L’économie qui est l’idéologie de la
bourgeoisie industrielle et marchande triomphante, ne peut en toute rigueur
appliquer ses catégories qu’au monde qui a été transformé à son profit par la
dite bourgeoisie — à cette “seconde nature”, donc », voilà du
Nemo dans le texte. Puisque la bourgeoisie a transformé la totalité du
monde, pourquoi l’économie qui est l’idéologie de la bourgeoisie selon Nemo
devrait se borner à appliquer uniquement ses catégories au monde transformé par
la bourgeoisie ? Pour faire simple, puisque selon Nemo «la bourgeoisie
industrielle et marchande à révolutionné la totalité du monde »,
l’économie qui est l’idéologie de la bourgeoisie peut en toute rigueur
appliquer ses catégories à la totalité du monde, suivant les critères de Nemo.
Monsieur Nemo qui pense que
« l’économie qui est l’idéologie de la bourgeoisie industrielle et
marchande triomphante, ne peut en toute rigueur appliquer ses catégories qu’au
monde qui a été transformé à son profit par la dite bourgeoisie — à cette
“seconde nature”, donc ». Ce monsieur Nemo ne trouve rien à
redire quand on compare la répartition des richesses à l’intérieur de l’Empire
Romain à celle de notre monde. Et pourtant, L’Empire romain est antérieure à la
transformation du monde par la bourgeoisie ou alors Nemo voit déjà la
bourgeoisie à l’œuvre chez l’australopithèque ? « il s’agit
simplement du sens courant de richesses », c’est bien connu, l’homme
moderne est plus riche que le romain, qui lui même était plus riche que l’homme
du néolithique, mais on croit rêver. D’un côté Nemo a une vision historiciste
et de l’autre il a une notion toute simple de richesse qui s’emploie de toute
éternité et qui s’applique à n’importe quelle époque et qui est la même
qu’actuellement, d’ailleurs. Quand il s’agit de faire simple, Nemo met les
pieds dans le plat.
Maintenant, j’aimerais bien savoir comment
Nemo conçoit l’application des fameuses catégories de l’économie qu’il aime
tant à citer. On peut comprendre cela comme une mise en pratique d’une théorie,
car les conditions sont réunies, etc. Mais non, pas du tout : « par
contre les catégories qui s’y appliquent n’ont d’autre réalité que celle d’une
idéologie destinée à justifier cette seconde nature réalisée comme étant la
nature éternelle des choses », nous dit Nemo. Une question devrait
assaillir le lecteur qui a eu la patience de suivre jusqu’ici : mais
pourquoi l’économie ne peut en « toute rigueur appliquer ses catégories
qu’au monde qui a été transformé » ? Qu’est-ce que la rigueur a à
faire là-dedans.
L’autre question qui devrait assaillir le
lecteur est : « qu’est ce que je fais devant mon écran ? »
Toto :
Re: Foucault, Veyne–Fragments
« Reply
#8 on: 09. October 2006 at 19:33 »
Carrramba !...
Je me suis encore pissé
dessus !
Nemo :
Limite de conversation
« Reply
#9 on: 10. October 2006 at 06:48 »
Le second couteau sans lame auquel il manque
le manche — donc plutôt inexistant jusque-là — s’est décidé à assumer le rôle
de « théoricien » de la petite ménagerie voyériste. Ce n’est
évidemment pas le perroquet aptère frappé d’aphasie — et à présent incontinent
— qui pouvait se charger de cette tâche. Entre : « Mais putain !
L’économie n’existe pas. » ; et : « Enculé ! »,
son registre est forcément limité. Seulement, pour pouvoir jouer ce rôle de
manière convaincante — mais ce n’est qu’un con vaincu —, il faudrait qu’il
affûte quelque peu sa « dialectique », ce qui est difficile
pour un second couteau qui manque de tranchant et qui raisonne comme un manche.
Ce dialectichien (couché !) sans mordant
ne peut que régurgiter une bouillie théorique mal digérée. Pourtant, cette
notable quantité d’importance nulle l’étale sans vergogne ; mais plus il
l’étale, plus il étale sa nescience. Qu’on en juge.
Pour commencer : la première phrase de
sa dernière intervention, attribuée à Marx, ne veut rien dire. Passons.
Puis : « Le monde s’est donc transformé […] » Non, le
monde ne s’est pas transformé : le monde a été transformé,
ce qui n’est pas la même chose ; la suite est un charabia incompréhensible
et ne saurait en aucun cas se « rapproche[r] de la critique de Marx ».
Vient ensuite une citation de ce que j’ai dit
et à laquelle je n’ai évidemment rien à redire. Ce qui n’est pas le cas du
commentaire qui l’accompagne et qui marque encore une fois une totale
incompréhension du critique critique. Que le monde ait été
« totalement » bouleversé par l’action de la bourgeoisie industrielle
et marchande est une évidence difficilement contestable ; cela n’implique
en rien que les catégories ad hoc de l’économie aient une valeur
universelle ; c’est-à-dire : puisse légitimement s’appliquer en tout
temps et en tous lieux. Parce que ces catégories, comme la classe qui les
énonce et les met au monde ont été historiquement produites ; et que leur
légalité ne saurait excéder leur temps dont elles constituent la justification
— en même temps qu’elle justifie la classe dominante de ce temps.
Le second couteau ne comprend pas non plus —
mais il ne comprend rien — « comment Nemo conçoit l’application des
fameuses catégories de l’économie ». Des catégories, quelles qu’elles
soient, énoncent quelque chose du monde : nomment les choses
du monde ; mais elles ne se contentent pas d’inscrire des
noms : à travers ces noms, elles prescrivent une vison du
monde ; et cette vision du monde quand elle domine induit une pratique du
monde. La vision du monde induite par les catégories aristotéliciennes a été
dominante pendant des siècles avant d’être battue en brèche. L’économie — et
ses catégories — ne peut pas se flatter d’être aussi vénérable ; aussi
bien ne peut-elle être assurée d’une telle pérennité.
Le lecteur bénévole saura désormais ce qu’il
fait devant son écran : il assiste à la déconfiture (aujourd’hui !)
de la petite secte voyériste, dans la personne d’un de ses adeptes les plus
indigents.
Kalhydre :
Re: Limite de conversation
« Reply
#10 on: 10. October 2006 at 11:04 »
on 10. October 2006 at 06:48, nemo wrote:
Que le monde ait été
« totalement » bouleversé par l’action de la bourgeoisie industrielle
et marchande est une évidence difficilement contestable ; cela n’implique
en rien que les catégories ad hoc de l’économie aient une valeur
universelle ; c’est-à-dire : puisse légitimement s’appliquer en tout
temps et en tous lieux. Parce que ces catégories, comme la classe qui les
énonce et les met au monde ont été historiquement produites ; et que leur
légalité ne saurait excéder leur temps dont elles constituent la justification
— en même temps qu’elle justifie la classe dominante de ce temps.
Le second couteau ne
comprend pas non plus — mais il ne comprend rien — « comment Nemo
conçoit l’application des fameuses catégories de l’économie ». Des
catégories, quelles qu’elles soient, énoncent quelque chose du
monde : nomment les choses du monde ; mais elles ne se
contentent pas d’inscrire des noms : à travers ces noms, elles prescrivent
une vison du monde ; et cette vision du monde quand elle domine induit une
pratique du monde. La vision du monde induite par les catégories
aristotéliciennes a été dominante pendant des siècles avant d’être battue en
brèche. L’économie — et ses catégories — ne peut pas se flatter d’être aussi
vénérable ; aussi bien ne peut-elle être assurée d’une telle pérennité.
Une remarque sur la question des catégories
bourgeoises appliquées au monde.
Tout dépend d’où on parle. Si on parle de
l’intérieur de l’idéologie bourgeoise, il est évident que ces catégories ont
valeur universelle. Si ce n’était pas le cas, nous ne serions pas devant une
idéologie mais devant une simple hypothèse spéculative.
De même, on n’imagine pas un païen de
l’Antiquité dire que ce qu’il croit est historiquement produit et que par
conséquent la valeur de sa croyance, de ses rites, etc., bref que tout cela n’a
que valeur relative.
Le problème me semble-t-il, est que l’on a
tendance à sous-estimer la prégnance de l’idéologie (bourgeoisie, économique,
ce que l’on voudra) sur notre façon de nous rapporter au monde. S’il s’agissait
simplement de dire « ah ! tous des épiciers ! » on se doute
que l’idéologie serait de tout temps battue en brêche et ne pourrait jamais
devenir une structure inconsciente de l’intellection collective.
Précisément parce que ce n’est pas le cas,
les catégories dominantes sont de fait également performatives. Ici je rejoins
entièrement Nemo quand il dit que ces catégories font bien plus que nommer la
réalité, car elles préscrivent une vision et surtout une pratique de
cette réalité.
Cette pratique à mon avis se caractérise
comme domination de la nature (l’homme y compris), et la vision du monde qui y
préside s’origine dans une volonté de domination totale.
L’idéologie économique n’est alors que le reflet
phénoménal, à la conscience historique des hommes, de l’effet de cette
domination. En d’autres mots, la domination du monde se dit dans la langue de
l’économie.
Heidegger disait que l’on passe commande
du monde, c’est-à-dire qu’on lui prescrit un certain mode d’existence à travers
la mobilisation technicienne.
De même, quand Heidegger disait que
« seul un Dieu peut nous sauver », il voulait exprimer sans doute
l’attente, ou la disponibilité à l’éclosion d’un autre rapport au monde qui ne
soit pas un rapport de domination. Mais comment cela se produit-il
historiquement ? Peut-être par un changement de mentalité. On voit bien,
ici, à quel niveau il faut placer l’idéologie. Loin d’être la chose bancale des
épiciers, elle est notre lot à tous. Tous les hommes de ce monde sont désormais
confrontés au désert qui s’étend, et il semble douteux qu’aucun d’entre eux ait
déjà trouvé le sentier qui mène ailleurs, vers un monde qui reposerait
tranquillement en lui-même, enchanté par la magie des hommes.
Nemo :
Défaire l’économie
« Reply #11 on: 11. October 2006 at 06:41 »
D’où parlez-vous ? Une question qui
généralement n’a pas lieu d’être : on sait par le discours qui est tenu
d’où celui qui le tien parle — par exemple, pour les voyéristes, le cul de
basse-fosse du château beauceron où ils croupissent entre deux représentations
de la petite ménagerie.
D’abord. En quoi le fait parler « de
l’intérieur de l’idéologie bourgeoise » implique-t-il l’universalité
de ses catégories ? Ensuite, si l’on n’a effectivement pas le choix de
vivre dans un « autre monde » — qui certainement est possible — que
celui qui a été transformé à son profit par la bourgeoisie industrielle et
marchande, on n’est pas obligé — Dieu merci ! — de penser avec ses
catégories ; on peut même penser en dehors et contre ces catégories, parce
que ces catégories bien qu’elles prétendent à l’universalité et qu’elles aient
intérêt à y faire croire, ne sont justement pas universelles. L’acte de
résistance minimum est évidemment de penser contre ces catégories.
Je ne pense pas que l’on puisse « sous-estimer
la prégnance de l’idéologie » dominante, parce que si elle domine la
pensée par ses catégories, c’est qu’elle est l’instrument d’une classe qui
domine effectivement le monde. Et le renversement de cette domination passe par
le renversement de ses catégories : la dénonciation de leur prétention à
l’universalité et leur réduction à des catégories ad hoc signifie déjà
leur ruine — today your lies, tomorrow the world.
Si l’on peut dire que l’idéologie est « notre
lot à tous », il ne nous appartient pas moins de refuser que le monde
au nom de qui elle parle nous soit destiné. Cela commence par montrer
(malgré un matraquage permanent qui lui est véritablement universel) que l’on
peut penser en dehors et contre ces catégories et que, si l’on peut faire
l’économie de ces catégories, le monde qui les à produites n’est peut-être pas
aussi nécessaire que l’on veut bien nous le faire croire.
Anonymous :
Re: Défaire l’économie
« Reply
#12 on: 11. October 2006 at 10:06 »
on 11. October 2006 at 06:41, nemo wrote:
si l’on peut faire l’économie de ces catégories,
Celle qui n’existe pas... ou celle entendu
comme idéologie au sens de Marx ?
C. Knife :
Nemo catégorique
« Reply
#13 on: 11. October 2006 at 10:34 »
Nemo a raison, on doit lire : l’argent
s’échange contre la totalité du monde objectif de l’homme et de la nature et
non « du monde objectif du monde ». Il est vrai que dans ces
conditions, il est dur de comprendre quoi que se soit.
Après, j’essaye de démontrer que l’expression
« seconde nature » chez Nemo peut se traduire par « pseudo
nature ».
J’essaye de prendre appui sur la théorie de
Marx pour comprendre Nemo, et l’un dans l’autre, cela ne fait pas forcément un
mélange heureux et il se peut que je ne comprenne aucun des deux. Que
voulez-vous, je creuse comme je peux. « Non, le monde ne s’est pas
transformé : le monde a été transformé, ce qui n’est pas la même
chose » nous déclare Nemo Phillipulus, gong à la main. Pour lui la nuance
est de taille, soit le monde s’est transformé sous l’action de la bourgeoisie
ou soit il a été transformé par la bourgeoisie. Le monde est le monde de
l’homme et accessoirement du pingouin, généralement c’est l’homme qui
transforme son monde, les virus aussi, mais ce qui nous intéresse ici, ce sont
les rapports des hommes entre eux. C’est dans ce cadre que l’avis de Nemo
m’intéresse, car il semble avoir un avis sur la question.
Monsieur Nemo qui ne trouve rien à redire à
sa citation en remet une couche : « parce que ces catégories,
comme la classe qui les énonce et les met au monde ont été historiquement
produites ; et que leur légalité ne saurait excéder leur temps dont
elles constituent la justification — en même temps qu’elle justifie la classe
dominante de ce temps. »
Donc d’après Nemo, la bourgeoisie a été
historiquement produite, la bourgeoisie étant la classe dominante. Pour Marx,
les classes ne sont que l’instrument dans lequel s’incarne l’action des forces
productives. Je suppose que pour Nemo ce n’est pas le cas. On notera aussi que
pour Nemo, les catégories de l’économie politique ont une
« légalité » pendant un certain laps de temps, après elles seront
arrêtées et mises en prison, non mais ! Production, consommation,
distribution… au gniouf ! A limite ces catégories peuvent perdre leur
légitimité scientifique, mais pour notre Nemo Phillipulus qui aime régir, elles
perdent leur légalité. Dura lex, sed lex.
« Des catégories, quelles qu’elles
soient, énoncent quelque chose du monde : nomment les choses du
monde ; mais elles ne se contentent pas d’inscrire des noms : à
travers ces noms, elles prescrivent une vision du monde ; et cette vision
du monde quand elle domine induit une pratique du monde. La vision du monde
induite par les catégories aristotéliciennes a été dominante pendant des
siècles avant d’être battue en brèche. »
Alors nous avons notre petite distribution et
notre grande consommation qui sont des catégories de l’économie politique qui
prescrivent une vision du monde. Cela ne serait il pas plus logique de dire que
se sont les économistes qui prescrivent une vision du monde avec les catégories
qu’ils ont mis en place au sein de leur science ? Car si on commence à
voir le trio «production », « distribution » et
« consommation » qui prescrit une vision du monde, il faut changer de
marque de bière.
Mais bon si madame Kalhydre est du même avis
que Nemo : « Précisément parce que ce n’est pas le cas, les
catégories dominantes sont de fait également performatives. Ici je rejoins
entièrement Nemo quand il dit que ces catégories font bien plus que nommer la
réalité, car elles préscrivent une vision et surtout une pratique de cette
réalité ».
Les catégories de l’économie politique, non
contentes de prescrire sont en plus performatives, vous m’en direz tant. On
sait ce qu’est un énoncé performatif, mais une catégorie dominante
performative, là je sèche.
On peut concevoir quelle chose de prescrit
par une loi. Par exemple, la loi de l’offre et de la demande est une maxime
d’action, un précepte pratique déguisé plutôt qu’une « loi
scientifique ». Les catégories servent à classer les phénomènes dit
économiques, et c’est l’étude de ces phénomènes qui permettrait de dégager ce
qu’on appelle des lois. Ce sont ces « lois » qui peuvent
éventuellement prescrire une pratique.
Nemo :
Cultiver son jardin
« Reply
#14 on: 11. October 2006 at 12:17 »
« J’essaye de prendre appui sur la
théorie de Marx pour comprendre Nemo ». Que le second couteau se
contente d’appuyer sur sa bêche et qu’il s’occupe de ses fraises au lieu de la
ramener hors de son domaine de compétence — il peut essayer aussi les patates
qui sont d’un excellent rendement et ne devraient pas poser de problème à ce
virtuose de la bêche qui raisonne comme un manche de pioche.
Anonymous :
Re: Foucault, Veyne–Fragments
« Reply
#15 on: 11. October 2006 at 18:14 »
on 09. October 2006 at 19:33, Toto wrote:
Carrramba !... Je me suis encore pissé dessus !
Méfiez-vous monsieur Toto. Ca commence
toujours par les urines, et puis c’est la bave, les propos incohérents, des
lectures insensées, les délires inexistenciels... et puis il est déja trop
tard...
Nemo :
Une dernière explication…
« Reply
#16 on: 11. October 2006 at 18:24 »
... de texte à l’usage de l’amateur de
fraises.
« Que le monde ait été
“totalement” bouleversé par l’action de la bourgeoisie industrielle
et marchande est une évidence difficilement contestable ; cela n’implique
en rien que les catégories ad hoc de l’économie aient une valeur
universelle ; c’est-à-dire : puisse légitimement s’appliquer en tout
temps et en tous lieux. Parce que ces catégories, comme la classe qui les
énonce et les met au monde ont été historiquement produites ; et que leur
légalité ne saurait excéder leur temps dont elles constituent la justification
— en même temps qu’elle justifie la classe dominante de ce temps. »
Cela signifie — pour qui sait lire :
mais tout le monde ne peut pas lire — que les catégories de l’économie, comme
la classe qui les porte au monde, sont des produits de leur temps. Certes,
chacun est fils de ses œuvres mais les œuvres ont leur temps ; et de la
même manière que le monde n’a pas été transformé par l’opération du Saint
Esprit, la bourgeoisie ne tient pas son pouvoir d’un mandat du Ciel. Le moment
historique qui voit la bourgeoisie industrielle et marchande accéder à l’imperium
sur le monde est aussi celui qui lui permet d’asseoir la suprématie de sa
pensée : la pensée bourgeoise ne domine que parce que la bourgeoisie
domine le monde. La légalité de cette pensée — comme d’ailleurs toute légalité
— n’est que la conséquence d’une position de force ; et cette force qui
domine, pour absolu que soit sa domination, n’a pas toujours été dominante et,
un jour, ne le sera plus : sa légalité n’a qu’un temps qui passera — pour
autant que l’histoire prenne un autre sens qu’il nous appartient de lui
donner.
Toto :
Re:
Foucault, Veyne–Fragments
« Reply #17
on: 11. October 2006 at 18:42 »

Anonymous :
Re: Foucault, Veyne–Fragments
« Reply #18 on: 11. October 2006 at 23:28 »
Les catégories de la critique de l’économie
politique sont aussi pourris que les catégories de l’économie politique
dominante. Elles constituent la garantie de la perpétuation de cette vision
dominante par sa propre contestation radicale et non moins légale. Une critque
du monde marchand, bourgeois, dominant qui se limite à la seule contestation
forcément partielle des activités dites économiques, de ses catégories, est une
démarche conservatrice qui refuse de questionner la totalité qui a produit ce
moment historique étrange ou toutes les facultés de l’humain sont anéanties par
une quête perpetuelle de gite et de nourriture. Sans plus. La contestation réve
de gite et de nourriture pour tous. Sans plus. Prévoyant d’atteindre ainsi le
Nirvana en supprimant la rareté et donc la quéte. Comme dans une immense
étable...
Nemo :
Un anonymous passe
« Reply
#19 on: 12. October 2006 at 11:47 »
Le debord(el) qui est un endroit fort
accueillant a vu passer de nombreux ânes dont l’« asinité négative »
ne faisait aucun doute. Celui-ci doit faire partie du troupeau, selon toute
apparence.
C.
Knife :
Legalize
It NOW
« Reply
#20 on: 12. October 2006 at
20:46 »
Voilà que monsieur Nemo semble tenter de m’expliquer un point de détail qui aurait échapper à ma compréhension. Je suppose que c’est une plaisanterie dont il a le secret, puisque d’après lui je ne comprend rien.
« […] Le moment historique
qui voit la bourgeoisie industrielle et marchande accéder à l’imperium sur le
monde est aussi celui qui lui permet d’asseoir la suprématie de sa pensée :
la pensée bourgeoise ne domine que parce que la bourgeoisie domine le monde. La
légalité de cette pensée — comme d’ailleurs toute légalité — n’est que la
conséquence d’une position de force ; et cette force qui domine, pour
absolu que soit sa domination, n’a pas toujours été dominante et, un jour, ne
le sera plus : sa légalité n’a qu’un temps qui passera — pour autant que
l’histoire prenne un autre sens qu’il nous appartient de lui donner. »
Personnellement, je réserve la
notion de légalité au domaine purement juridique. Les catégories de l’économie
politique n’ont pas à être légales, elles sont les « outils » des
économistes afin d’analyser ce qu’ils considèrent comme des phénomènes
économiques, et au premier chef, la création de richesse d’après leurs critères.
Que ces richesses soient produite légalement ou illégalement n’est pas le
problème, l’économiste analyse les données qu’il extrait de la réalité sociale,
les interprète à travers sa grille de lecture, les catégories de l’économie
politique par exemple. Catégories dont Marx disait qu’elles étaient à double
fond.
Maintenant, il m’apparaît, mais
je ne suis pas juriste, que la notion de légalité s’applique plutôt a des actes
qu’a des pensées. A une certaine période, dans les républiques dites soviétiques,
toute manifestation pratique identifiée comme issue de la « pensée
bourgeoise » était sanctionnée. Il s’entend que ces manifestations
pratiques pouvaient se borner à de simples paroles.
« […] sa légalité n’a qu’un
temps qui passera… », dit comme ça, je ne peux m’empêcher de penser à un
roman de Soljenitsyne. Vers le début du livre, on se retrouve dans un
laboratoire d’acoustique dévolu à la traque des manifestations de la
« pensée bourgeoise » dans les communications téléphoniques. Mais pour
revenir à notre sujet, je n’ai aucune idée de la manière dont les sociétés qui
auront le bonheur de se passer de notre bon vieux système capitaliste vont
légiférer sur le sort de nos malheureuses catégories de l’économie politique,
si jamais elles légifèrent sur le sujet.
Elles seront peut être oubliées dans un coin… ainsi que la pensée bourgeoise… à côté des œuvres complètes de Nemo Phillipulus.
Nemo :
Non, rien de rien
« Reply
#21 on: 13. October 2006 at 05:26 »
Explication
de texte (suite)
Les
catégories de l’économie sont sensées refléter des lois qui comme ces
catégories prétendent à l’universalité. Mais ni ces catégories, ni ces lois ne
sont universelles. La légalité — conformité à la loi — des catégories de
l’économie, n’est que la légalité affirmée par ses « lois » ; et
ces « lois » ne sont des lois que pour autant que la domination de la
bourgeoisie industrielle et marchande les soutiennent. Cela ne durera pas
toujours.
Anonymous :
CONSERVERIE MARXISTE depuis 1843
« Reply
#22 on: 14. October 2006 at 03:06 »
Explication
de texte (suite)
Les catégories de l’économie sont sensées refléter des lois qui comme ces catégories
prétendent à l’universalité
Une loi est générale, abstraite, et obligatoire. Aucune loi ne prétend à l’universalité pour la simple raison qu’une loi universelle nécessite un législateur universel. Ce qui est une utopie... kantienne au demeurant. Une catégorie est une classification rationnelle d’un mode de pensée,un dispositif conceptuel, un instrument de raisonnement sur un objet d’analyse précis. Évoquer son universalité ou non est un non sens.
Mais ni ces catégories, ni ces lois ne sont universelles.
Quand
méme...
Code:
La légalité — conformité à la loi — des catégories de l’économie, n’est que la légalité
affirmée par ses « lois »
Une transaction illégale n’en est pas moins une opération économique selon les catégories de l’économie politique dominante. Et méme plus elle constitue le nec plus ultra de l’activité économique de par sa pureté totale.
et ces « lois » ne sont des lois que pour autant que la domination de la bourgeoisie industrielle
et marchande les soutiennent
Banalité marxiste.
Cela ne durera pas toujours.
Et le troupeau s’écria « Plutot l’abattoir que
l’étable ».
*Les âneries marxistes illégales ou pas n’en sont pas
moins des âneries universelles.
Nemo :
La logique de l’âne...
« Reply
#23 on: 14. October 2006 at 05:58 »
ou :
L’âne alogique repasse.
Les
catégories et les lois de l’économie prétendent à l’universalité nonobstant
l’absence du « législateur universelle » (sic) qui, comme
chacun sait, est mort.
Que
les catégories et les lois de l’économie soient dépendantes de la classe qui
les a portées au monde est sans doute « une banalité marxiste » ;
c’est avant tout une est une évidence que l’ânonymous n’est manifestement pas
en mesure de saisir avec ses gros sabots.
Qu’il
rejoigne donc ses congénères (creusez, s’il vous plait) de la petite ménagerie
pour retravailler son numéro.
Toto :
Banalités marxistes
« Reply #24 on: 14. October 2006 at 15:17 »
M.
Nemo apprécie les banalités marxistes, ce n’est pas étonnant. Voici un petit
florilège :
« Pour
éviter des malentendus possibles, encore un mot. Je n’ai pas peint en rose le
capitaliste et le propriétaire foncier. Mais il ne s’agit ici des personnes,
qu’autant qu’elles sont la personnification des catégories économiques,
les supports d’intérêts et de rapports de classe déterminés. Mon point
de vue, d’après lequel le développement de la formation économique de la
société est assimilable à la marche de la nature et à son histoire,
peut moins que tout autre rendre l’individu responsable de rapports dont il
reste socialement la créature, quoiqu’il puisse faire pour s’en dégager. »
(Préface de la première édition allemande du Capital.)
« L’ordre
économique capitaliste est sorti des entrailles de l’ordre économique
féodal. La dissolution de l’un a dégagé les éléments constitutifs de
l’autre. »
(Le Capital, Livre I.)
« En
premier lieu, ces trois formes ne représentent pas des phases équivalentes de
l’évolution. L’économie dite de crédit n’est elle-même qu’une forme de l’économie
monétaire : les deux termes expriment des fonctions d’échange, ou
modes d’échange, entre les producteurs eux-mêmes. Dans la production
capitaliste développée, l’économie monétaire n’apparaît plus que comme
base de l’économie de crédit. L’économie monétaire et l’économie de
crédit correspondent donc simplement à des stades différents dans le
développement de la production capitaliste ; mais elles ne sont nullement,
en face de l’économie naturelle, des formes d’échange distinctes et
indépendantes l’une de l’autre. Il serait tout aussi juste de mettre en face de
ces deux types les formes très diverses de l’économie naturelle en les
tenant pour équivalentes.
En
deuxième lieu, dans les catégories économie monétaire et économie de
crédit, ce n’est pas l’économie, c’est à dire le procès de production
lui-même, que l’on souligne, que l’on détache comme trait distinctif :
c’est le mode d’échange établi en fonction de l’économie entre les
divers agents de la production, les divers producteurs ; il faudrait donc
agir de même pour la première catégorie. Parler d’économie de troc au lieu
d’économie naturelle. Une économie naturelle complètement fermée,
par exemple l’État des Incas au Pérou, n’entrerait dans aucune de ces
catégories. »
(Le Capital, Livre II.)
« Dans
la mesure où le système esclavagiste, dans l’agriculture, dans les
manufactures, la navigation, etc., est la forme dominante du travail productif
(comme c’était le cas dans les États développés de la Grèce et à Rome), il
conserve un élément de l’économie naturelle. »
(Le Capital, Livre II.)
« Bien
que des vestiges de cette rente-produit pure puissent subsister dans des modes
et des rapports de production plus développés, elle est toujours fondée sur l’économie
naturelle. »
(Le Capital, Livre III.)
« La
société bourgeoise est l’organisation historique de la production la plus
développée et la plus variée qui soit. De ce fait, les catégories qui expriment
les rapports de cette société et qui permettent d’en comprendre la structure
permettent en même temps de se rendre compte de la structure et des rapports de
production de toutes les formes de société disparues avec les débris et les
éléments desquelles elle s’est édifiée, dont certains vestiges, partiellement
non encore dépassés, continuent à subsister en elle, et dont certains simples
signes, en se développant, ont pris toute leur signification, etc. L’anatomie
de l’homme est la clef de l’anatomie du singe. Dans les espèces animales
inférieures, on ne peut comprendre les signes annonciateurs d’une forme
supérieure que lorsque la forme supérieure est elle-même déjà connue. Ainsi l’économie
bourgeoise nous donne la clef de l’économie antique, etc. Mais
nullement à la manière des économistes qui effacent toutes les différences
historiques et voient dans toutes les formes de société celles de la société
bourgeoise. On peut comprendre le tribut, la dîme, etc., quand on connaît la
rente foncière. Mais il ne faut pas les identifier. Comme, de plus, la société
bourgeoise n’est elle-même qu’une forme antithétique du développement
historique, il est des rapports appartenant à des formes de société antérieures
que l’on pourra ne rencontrer en elle que tout à fait étiolés, ou même
travestis. Par exemple, la propriété communale. Si donc il est vrai que les
catégories de l’économie bourgeoise possèdent une certaine vérité valable pour
toutes les autres formes de société, cela ne peut être admis que cum grano,
salis [avec un grain de sel]. Elles peuvent receler ces formes développées,
étiolées, caricaturées, etc., mais toujours avec une différence essentielle. Ce
que l’on appelle développement historique repose somme toute sur le fait que la
dernière forme considère les formes passées comme des étapes menant à son
propre degré de développement, et, comme elle est rarement capable, et ceci
seulement dans des conditions bien déterminées, de faire sa propre critique -
il n’est naturellement pas question ici des périodes historiques qui se
considèrent elles-mêmes comme des époques de décadence - elle les conçoit
toujours sous un aspect unilatéral. La religion chrétienne n’a été capable
d’aider à comprendre objectivement les mythologies antérieures qu’après avoir
achevé jusqu’à un certain degré, pour ainsi dire [...] [virtuellement], sa
propre critique. De même l’économie politique bourgeoise ne parvint à
comprendre les sociétés féodales, antiques, orientales que du jour où eut
commencé l’autocritique de la société bourgeoise. Pour autant que l’économie
politique bourgeoise, créant une nouvelle mythologie, ne s’est pas purement
et simplement identifiée au passé, sa critique des sociétés antérieures, en
particulier de la société féodale, contre laquelle elle avait encore à lutter
directement, a ressemblé à la critique du paganisme par le christianisme, ou
encore à celle du catholicisme par le protestantisme. »
(Karl Marx, Introduction à la critique de
l’économie politique, 1857.)
(...)
Toto :
Banalités marxistes (suite et fin)
« Reply
#25 on: 14. October 2006 at 15:23 »